Analyse fonctionnelle des systèmes

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Ali AZARIAN, Yann POLLET Presses des Mines, Les Cours, octobre 2016, 227 pages

Une étude de sûreté de fonctionnement commence toujours par une analyse fonctionnelle » affirmait à juste titre Jean-Claude Ligeron, pestant contre toutes ces études de disponibilité et de fiabilité dont on ne voyait pas l’analyse des fonctions, et qui semblaient même les ignorer, alors que par définition la fiabilité est d’abord une aptitude à accomplir une fonction requise (selon les normes) avant d’être une probabilité de bon fonctionnement.

Le livre d’Ali Azarian et de Yann Pollet vient à propos. Il est complet, très didactique, plein d’exemples, d’exercices souvent corrigés, plein de conseils et d’astuces, très bien rédigé. Il fait le point des méthodes d’analyse fonctionnelle existantes et de leur utilisation. Dans une collection baptisée « Les Cours » qui certainement vise les étudiants, il n’en est pas moins destiné aux ingénieurs confirmés des bureaux d’études, de la maintenance, aux analystes du retour d’expérience, aux chercheurs comme aux experts.

L’analyse fonctionnelle n’est pas nouvelle. Déjà, au 1er siècle Vitruvius donnait les premiers fondements de l’analyse fonctionnelle : l’utilitas (l’utilité, la satisfaction des besoins), la firmitas (la robustesse, la durabilité), la venustas (la beauté, l’esthétique). C’est à Quintilianus qu’on attribue la première méthode empirique de questionnement QQUQCQQ (quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando) toujours d’actualité pour réaliser une analyse ou une enquête policière (page 22).

L’analyse fonctionnelle est la première étape du processus de conception, dès les phases d’avant-projet. Il s’agit d’identifier les fonctions et de construire l’arborescence fonctionnelle puis l’arborescence matérielle (page 66). Première étape de la conception, l’analyse s’avère aussi essentielle pour optimiser une maintenance en phase d’exploitation, pour mettre en place un retour d’expérience ou pour estimer un life cycle cost (et définir une logistique de soutien).

De nombreuses méthodes d’analyse fonctionnelle existent.

  • Les auteurs en font l’inventaire et les ont classées en trois catégories : la méthode MISME (Méthode d’Inventaire Systématique des Milieux Extérieurs ou Environnants, page 45), profondément décrite et illustrée
  • les méthodes du type SADT (Structured Analysis Design Technique, page 93), plus anglo-saxonnes, d’utilisation moins répandue ; cependant la méthode SADT a l’avantage d’être basée sur une représentation graphique favorisant la compréhension et la communication (pages 95 à 106)
  • les autres méthodes et techniques fonctionnelles (page 135) parmi lesquelles sont citées Reliasep, utilisée pour la conception de grands systèmes en permettant d’établir l’arbre fonctionnel puis l’arbre matériel et d’analyser plus facilement les défaillances et les dégradations par l’AMDE (Analyse des Modes de Défaillance et de leurs Effets) (pages 129-167 et suivantes – 188) et Merise (Méthode d’Etude et de Réalisation Informatique) très utilisée pour définir un modèle conceptuel de données (page 137).

Le chapitre 6 (page 143), montre les principales applications de l’analyse fonctionnelle, comme l’analyse de la valeur (très détaillée), la conception à coût objectif, la sûreté de fonctionnement (page 167, figure 80), l’optimisation de la maintenance (page 184) en lien direct avec la RCM (Reliability Centered Maintenance) ou son équivalent OMF (Optimisation de la Maintenance par la Fiabilité), pour ne citer que celles jugées les plus importantes.

En fin d’ouvrage (page 211), un chapitre propose des critères de choix d’une méthode d’analyse fonctionnelle en fonction du contexte.

Ce livre a nécessité un long travail de synthèse et d’expertise des deux auteurs. Insistons enfin sur une bibliographie (page 221) très fouillée, tant générale que normative, qui prouve le sérieux et la rigueur de cet ouvrage.

André LANNOY

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